Comparer les variantes d’un marché public est devenu un enjeu quotidien pour les acheteurs. Depuis le 28 mai 2026, l’article L. 2151-2 du code de la commande publique, créé par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, autorise en effet les variantes par principe, sauf mention contraire. Cette évolution peut favoriser l’innovation, la concurrence et les solutions plus durables. Elle crée aussi une responsabilité supplémentaire. Si les exigences minimales restent floues, ou si la grille d’analyse ne permet pas de comparer les variantes et l’offre de base, la procédure devient difficile à sécuriser. Ce guide s’adresse aux acheteurs publics : il explique comment préparer l’ouverture aux variantes avant la publication.
Comparer les variantes : un nouveau principe depuis le 28 mai 2026

Le nouvel article L. 2151-2 du code de la commande publique prévoit que les variantes sont autorisées sauf mention contraire. Pour une procédure formalisée, l’interdiction doit figurer dans l’avis de marché ou dans l’invitation à confirmer l’intérêt. En procédure adaptée, elle doit apparaître dans les documents de la consultation.
L’acheteur peut également exiger une variante. Dans ce cas, il doit l’annoncer clairement. Par ailleurs, les règles existantes imposent de préciser les exigences minimales et les modalités de présentation des variantes. Ces obligations figurent dans les dispositions réglementaires consacrées aux variantes.
L’autorisation par défaut ne signifie donc pas absence d’encadrement. Au contraire, elle oblige les services à vérifier chaque dossier de consultation. Une mention oubliée peut ouvrir la porte aux variantes alors que l’équipe n’a pas préparé leur analyse.
Définir les exigences minimales avant de rédiger les critères
Les exigences minimales correspondent aux caractéristiques que toute proposition doit respecter. Elles peuvent concerner la sécurité, la compatibilité, les performances, les délais, la protection des données ou la continuité du service.
Ces exigences doivent donc rester utiles et proportionnées. En effet, un niveau trop détaillé risque de neutraliser l’intérêt de la variante. À l’inverse, une formulation trop vague produit des offres difficiles à comparer.
Par exemple, pour un logiciel de gestion énergétique, l’acheteur peut imposer un hébergement conforme, une capacité d’export des données et un délai maximal de rétablissement. Il peut ensuite laisser les candidats proposer plusieurs architectures ou modèles de tarification.
Construire une grille pour comparer les variantes

Les critères doivent permettre d’évaluer les variantes et l’offre de base selon une logique commune. Or le prix d’acquisition ne suffit pas lorsque les modèles diffèrent. Une licence, un abonnement ou une prestation intégrée répartissent en effet les coûts différemment dans le temps.
L’acheteur doit alors raisonner en coût global : déploiement, maintenance, formation, consommation, renouvellement, réversibilité et fin de contrat. Il doit aussi communiquer aux candidats les hypothèses de calcul, afin d’éviter des comparaisons arbitraires. Notre article sur les critères d’analyse des offres détaille la construction de la grille.
De plus, la valeur technique doit s’appuyer sur des preuves. L’acheteur peut demander une méthodologie, des engagements de niveau de service, des essais, des références ou des indicateurs mesurables. Le guide de la Direction des achats de l’État consacré aux variantes recommande ainsi d’inscrire cette démarche dans une stratégie préparée en amont.
Comparer les variantes en préservant l’égalité de traitement
D’abord, tous les candidats doivent disposer des mêmes informations. Une question qui porte sur les exigences minimales appelle donc une réponse accessible à l’ensemble des entreprises concernées.
Ensuite, pendant l’analyse, l’acheteur ne peut pas reconstruire une variante insuffisante. Une demande de précision sert à comprendre une proposition, et non à permettre une modification substantielle. Les échanges doivent rester tracés.
Enfin, la motivation du choix exige une rédaction précise. Il ne suffit pas d’écrire qu’une variante est plus innovante. L’acheteur doit expliquer les avantages constatés au regard des critères : coût global inférieur, délai réduit, performance supérieure ou risque mieux maîtrisé. Sur ce point, consultez notre article sur la méthode de notation des offres.
Utiliser le sourcing avant d’ouvrir aux variantes
Le sourcing permet d’identifier les modèles économiques, les niveaux de performance et les contraintes techniques du secteur. Avant de publier, l’acheteur peut ainsi vérifier si plusieurs solutions répondent au besoin et si les informations demandées existent réellement.
Par ailleurs, il est utile de diversifier son panel de fournisseurs afin de réduire la dépendance à quelques opérateurs. Cette diversification aide aussi à comprendre la variété des solutions disponibles, donc à mieux comparer les variantes.
Sur BDMP, les acheteurs peuvent rechercher des entreprises par zone, activité et compétence. Cette étape ne préjuge pas du futur titulaire. Elle sert à mieux connaître le marché et à préparer des documents plus réalistes.
Cas pratique : comparer les variantes licence et abonnement
Prenons une collectivité qui souhaite acquérir un logiciel de gestion énergétique. L’offre de base repose sur une licence, avec une maintenance séparée. Une variante propose un abonnement qui inclut hébergement, assistance et mises à jour.
Dans ce cas, s’en tenir au prix de la première année fausserait l’analyse. L’acheteur doit fixer une durée de référence et intégrer tous les coûts prévisibles. Il doit aussi examiner la réversibilité, la localisation des données, les engagements de disponibilité et les conditions de sortie.
Ainsi, la grille peut distinguer le coût global, la qualité fonctionnelle, la sécurité, l’accompagnement et la performance environnementale. Chaque sous-critère doit reposer sur des éléments vérifiables.
Côté acheteur : les contrôles avant la publication
- Vérifier si les variantes sont autorisées, interdites ou exigées, et l’écrire au bon endroit.
- Définir les exigences minimales réellement non négociables.
- Préciser si une offre de base reste obligatoire.
- Imposer un format de présentation qui facilite la comparaison.
- Fixer les hypothèses du calcul en coût global.
- Prévoir les preuves attendues pour chaque performance annoncée.
- Tester la grille avec les services techniques et juridiques.
- Organiser la traçabilité des questions, précisions et notations.
Côté entreprise, notre article sur la façon de proposer une variante dans un marché public présente l’autre versant de la démarche.
Ouvrir les variantes sans perdre la maîtrise de la procédure

Les variantes peuvent faire émerger des réponses auxquelles l’acheteur n’avait pas pensé. Elles peuvent aussi élargir la concurrence et améliorer le coût global. Leur intérêt dépend toutefois de la précision du cadre fixé au départ.
Le Bulletin des Communes a rappelé l’importance de préparer l’analyse des offres avant la publication. Cette recommandation devient centrale avec l’autorisation par principe des variantes.
En définitive, un acheteur n’a pas besoin de tout prévoir. Il doit surtout identifier ce qui ne peut pas changer et expliquer comment il évaluera le reste.
Comparer les variantes : à retenir
- Depuis le 28 mai 2026, les variantes sont autorisées sauf mention contraire (article L. 2151-2).
- L’interdiction figure dans l’avis de marché en procédure formalisée, dans les documents de la consultation en procédure adaptée.
- Des exigences minimales claires conditionnent une comparaison fiable.
- Le coût global, avec des hypothèses communiquées à tous, évite les comparaisons arbitraires.
- La motivation du choix doit s’appuyer sur les critères annoncés.
Bulletin des Marchés Publics Le guide pratique des marchés publics pour acheteurs et entreprises