Rejet d’une offre : quelles informations l’acheteur doit-il communiquer à l’entreprise évincée ?

Le rejet d’une offre n’est pas la fin de la procédure pour l’entreprise concernée. Il ouvre au contraire une phase d’information encadrée par le Code de la commande publique. L’acheteur doit notifier sa décision, mais la nature des éléments à transmettre varie selon la procédure utilisée et selon le moment auquel l’information intervient.

Pour l’entreprise évincée, l’enjeu est concret : comprendre pourquoi son offre n’a pas été retenue et identifier les points à améliorer. Pour l’acheteur, l’objectif consiste à informer suffisamment sans divulguer des données confidentielles ni compromettre le secret des affaires. La bonne pratique consiste donc à distinguer ce qui doit être communiqué spontanément, ce qui peut être obtenu sur demande et ce qui doit rester protégé.

L’acheteur doit d’abord notifier le rejet sans délai

Rejet d’une offre

Le point de départ figure à l’article R. 2181-1 du Code de la commande publique. L’acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre.

Cette obligation paraît simple, mais elle doit être reliée au type de procédure. En procédure adaptée, la notification initiale peut être plus succincte. En procédure formalisée, le Code impose un niveau d’information plus élevé dès la notification. Cette distinction évite de présenter une règle unique là où les textes prévoient plusieurs régimes.

En procédure adaptée, l’entreprise peut demander les motifs du rejet

Pour un marché passé selon une procédure adaptée, l’article R. 2181-2 permet au candidat ou au soumissionnaire évincé d’obtenir les motifs du rejet dans les quinze jours suivant la réception de sa demande par l’acheteur.

Lorsque l’offre n’a pas été écartée parce qu’elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l’acheteur communique également les caractéristiques et avantages de l’offre retenue ainsi que le nom de l’attributaire. L’entreprise obtient ainsi des éléments pour comprendre l’écart entre sa proposition et celle finalement choisie.

Cette demande doit rester ciblée. Une entreprise peut demander les motifs du rejet, les caractéristiques de l’offre retenue ou le nom de l’attributaire lorsque les conditions sont réunies. En revanche, elle ne peut pas exiger la communication intégrale de l’offre concurrente au seul titre de ce mécanisme.

En procédure formalisée, les motifs doivent figurer dans la notification

Dans les procédures formalisées, l’article R. 2181-3 impose que la notification mentionne les motifs du rejet. Lorsque la notification intervient après l’attribution, l’acheteur communique aussi le nom de l’attributaire, les motifs ayant conduit au choix de son offre et la date à partir de laquelle il peut signer le marché.

L’acheteur doit donc préparer une motivation suffisamment précise pour être intelligible. Une formule générique du type « offre moins bien classée » apporte peu de valeur. À l’inverse, une explication qui relie le résultat aux critères annoncés dans le règlement de consultation aide le candidat à comprendre réellement la décision.

Cette exigence renforce la cohérence de la chaîne déjà couverte sur BDMP : critères d’attribution, méthode de notation, classement puis information des candidats évincés. Chaque étape doit pouvoir être reliée à la précédente.

Comment demander des informations complémentaires après le rejet ?

Rejet d’une offre

Un soumissionnaire peut également s’appuyer sur l’article R. 2181-4 lorsque son offre n’a pas été rejetée comme irrégulière, inacceptable ou inappropriée. Après attribution, l’acheteur communique, dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours après la demande, les caractéristiques et les avantages de l’offre retenue.

Pour être utile, la demande doit viser les éléments qui permettront d’analyser la décision : appréciation des critères, points forts identifiés dans l’offre retenue, éléments ayant justifié le classement ou informations prévues par les textes. Une demande très générale augmente le risque d’obtenir une réponse également générale.

Pour aller plus loin dans la préparation d’une demande ou dans la réponse à un candidat évincé, les acheteurs et entreprises peuvent consulter les ressources de la Direction des affaires juridiques et les contenus pratiques de BDMP.fr consacrés à l’analyse des offres.

L’accès aux documents administratifs relève d’un autre régime

Il faut distinguer l’information prévue par le Code de la commande publique et la communication de documents administratifs après la procédure. Ces deux mécanismes n’ont ni le même objet ni les mêmes limites. Une entreprise évincée ne doit donc pas confondre une demande de motifs avec une demande d’accès à des documents.

Selon le document demandé, certaines informations peuvent devenir communicables après la signature du marché, tandis que d’autres restent protégées. La situation dépend notamment de la nature du document, de son contenu et des secrets protégés par la loi.

Le secret des affaires limite les informations communicables

L’article L. 2132-1 du Code de la commande publique interdit à l’acheteur de communiquer les informations confidentielles dont la divulgation violerait le secret des affaires ou pourrait nuire à une concurrence loyale entre opérateurs économiques.

L’acheteur doit donc trouver un équilibre. Il doit expliquer la décision et communiquer les informations prévues par les textes, sans révéler des procédés, des prix détaillés sensibles ou d’autres données confidentielles qui donneraient un avantage indu à un concurrent.

Cette prudence vaut également pour l’entreprise évincée. Demander davantage d’informations ne signifie pas qu’elle obtiendra tous les éléments internes de l’offre retenue. Le droit à l’information n’efface pas les règles de confidentialité.

Les bons réflexes pour l’acheteur et l’entreprise évincée

  • Acheteur : préparer la motivation à partir des critères et du classement réellement utilisés.
  • Acheteur : identifier les informations confidentielles avant toute communication complémentaire.
  • Entreprise : formuler une demande précise dans les délais prévus par le Code.
  • Entreprise : comparer les motifs obtenus avec le règlement de consultation et les critères annoncés.
  • Les deux parties : conserver une trace des échanges liés au rejet et aux demandes d’information.

Conclusion

Rejet d’une offre

L’information des candidats évincés n’est pas une formalité accessoire. Elle clôt la phase d’analyse et permet à la décision d’attribution d’être comprise, expliquée et, si nécessaire, discutée. L’acheteur doit adapter son niveau d’information à la procédure suivie et respecter les délais prévus. L’entreprise, de son côté, gagne à demander des éléments ciblés plutôt qu’une communication globale et imprécise.

Pour BDMP, ce sujet complète naturellement les contenus déjà consacrés aux critères, à la notation, au classement et aux offres irrégulières. Il permet désormais de suivre le parcours jusqu’à l’information finale du candidat évincé, sans créer un satellite redondant uniquement consacré aux motifs du rejet.

Pour poursuivre cette logique pratique, BDMP.fr peut également servir de point d’entrée vers les contenus consacrés à la réponse aux marchés publics et à l’analyse des offres.

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