La plateforme Agrilocal permet aux cantines publiques d’acheter des produits locaux tout en respectant les règles de la commande publique. Créée et animée par des départements, elle met en relation les acheteurs de la restauration collective et les producteurs du territoire. Les résultats publiés par deux départements, la Drôme et l’Ain, montrent des progrès mesurables. Ce retour d’expérience s’adresse d’abord aux acheteurs des collèges, des communes et des établissements publics. Il intéresse aussi les agriculteurs et les PME agroalimentaires qui veulent accéder à ces marchés. Il présente les chiffres vérifiables, la méthode et les limites à garder en tête.

Plateforme Agrilocal : comment fonctionne-t-elle ?
L’acheteur publie son besoin sur la plateforme, par exemple dix kilos de pommes ou une livraison hebdomadaire de yaourts. Les fournisseurs inscrits dans la zone reçoivent alors une alerte, parfois par SMS, puis ils déposent leur offre. Ensuite, l’acheteur compare les réponses et passe commande. Selon la Banque des Territoires, l’outil gère aussi les bons de commande et la facturation de façon dématérialisée.
La plateforme propose plusieurs formes d’achat : achat de gré à gré pour les petits montants, marché à bons de commande ou accord-cadre. L’accès reste gratuit pour l’acheteur. Ainsi, une petite cantine peut lancer une consultation simple sans rédiger seule tout un dossier.
Comment rester dans les règles de la commande publique ?
Le code interdit toute préférence géographique. Un acheteur ne peut donc pas exiger qu’un producteur soit installé dans le département. En revanche, l’article R. 2152-7 du Code de la commande publique permet de retenir un critère fondé sur le développement des approvisionnements directs de produits de l’agriculture. Dans l’Ain, la plateforme appliquait ainsi un critère « approvisionnement sans intermédiaire », pondéré à 33 %. Pour aller plus loin, voyez notre article sur le sourcing territorial sans préférence géographique.
Les résultats de la plateforme Agrilocal dans la Drôme
Le département de la Drôme a publié ses chiffres en mars 2025, à l’occasion des Rencontres Agrilocal. Selon son communiqué officiel, les commandes passées sur la plateforme ont atteint 330 000 euros en 2024, contre 210 000 euros en 2023. La hausse atteint donc 57 % en un an.
- environ trois quarts des commandes portent sur des produits bio ;
- plus de la moitié des commandes sont passées directement auprès des agriculteurs ;
- les commandes sont reparties à la hausse depuis 2021, après le recul lié à la crise sanitaire.
Un collège qui multiplie ses achats par quatre
Le communiqué cite aussi le collège René Barjavel de Nyons. Sa cuisine sert environ 1 100 repas par jour, pour le collège, le lycée, des écoles et des étudiants. Ses commandes sur la plateforme sont passées de 12 000 euros en 2023 à 53 000 euros en 2024. Par ailleurs, l’établissement indique, selon Ecocert, 48 % de produits bio et 30 % de produits locaux en 2024.

Plateforme Agrilocal dans l’Ain : quatre années de suivi
Le département de l’Ain a, lui aussi, publié des indicateurs détaillés, repris par la Banque des Territoires. Le chiffre d’affaires réalisé sur la plateforme est passé de 137 052 euros en 2016 à 440 186 euros en 2017, puis à 718 978 euros en 2018. Il s’est ensuite stabilisé à 687 771 euros en 2019.
Ces données montrent aussi la structure des achats. D’abord, 86 % du chiffre d’affaires venait des collèges. Ensuite, 62 acheteurs publics étaient référencés, mais 21 seulement avaient passé commande. Enfin, le nombre de fournisseurs inscrits a progressé de 80 à 134. Autrement dit, l’offre locale existait, tandis qu’une partie des acheteurs restait à convaincre.
Ce que les acheteurs peuvent retenir
Ces deux expériences dégagent plusieurs bonnes pratiques. D’abord, l’animation compte autant que l’outil : dans l’Ain, une équipe de deux personnes déployait la plateforme à l’échelle du département. Ensuite, les rencontres entre cuisiniers et producteurs, comme celles organisées dans la Drôme, rapprochent les besoins et les capacités de production. Enfin, un établissement moteur, comme le collège de Nyons, entraîne souvent les autres.
- Commencer par quelques familles de produits faciles : fruits, légumes, produits laitiers.
- Adapter les volumes et les délais de livraison aux capacités des petits producteurs.
- Suivre des indicateurs simples : montant commandé, part de bio, nombre de fournisseurs.
- Vérifier le respect des seuils et des règles de publicité pour chaque achat.
Ces achats contribuent aussi aux objectifs de la loi Égalim. Celle-ci impose en effet à la restauration collective publique au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits bio. Notre retour d’expérience sur la restauration scolaire bio de Mouans-Sartoux complète cette approche.
Côté entreprise : comment se positionner ?
Pour un producteur, l’inscription sur la plateforme de son département constitue un premier pas simple. Il doit ensuite préparer quelques éléments : fiche produits, prix, capacités de livraison et certifications éventuelles. De plus, il a intérêt à répondre régulièrement, même à de petites commandes, pour se faire connaître des cuisiniers. Enfin, une facture claire et conforme accélère le paiement.
Les limites de ce retour d’expérience
Ces chiffres restent ceux publiés par les départements eux-mêmes. Ils mesurent les commandes passées sur la plateforme, et non l’ensemble des achats alimentaires des établissements. Par ailleurs, les données de l’Ain portent sur la période 2016-2019 : elles illustrent une dynamique, mais elles ne décrivent pas la situation actuelle. Enfin, chaque département fixe ses propres modalités. Une collectivité intéressée doit donc se renseigner auprès de son conseil départemental.
Plateforme Agrilocal : à retenir
- Elle relie acheteurs de la restauration collective et producteurs du territoire.
- Dans la Drôme, les commandes ont progressé de 57 % entre 2023 et 2024.
- Dans l’Ain, le chiffre d’affaires a été multiplié par plus de cinq entre 2016 et 2018.
- Le critère d’approvisionnement direct reste possible, pas la préférence locale.
- L’animation locale conditionne le succès de l’outil.
Bulletin des Marchés Publics Le guide pratique des marchés publics pour acheteurs et entreprises