Le marché réservé permet à un acheteur public de limiter la concurrence à certains opérateurs qui emploient des personnes handicapées ou défavorisées. C’est l’un des leviers les plus directs des achats socialement responsables. Il reste pourtant peu utilisé, faute de méthode. Quels opérateurs peuvent en bénéficier ? Quelles mentions faut-il prévoir ? Comment s’assurer que des structures pourront répondre ? Cet article s’adresse aux acheteurs des collectivités et des établissements publics, mais aussi aux entreprises adaptées, ESAT et structures d’insertion qui veulent repérer ces consultations.

Marché réservé : quels opérateurs peuvent en bénéficier ?
Le Code de la commande publique prévoit plusieurs catégories de réservation. D’abord, l’article L. 2113-12 vise les entreprises adaptées, les établissements et services d’accompagnement par le travail (ESAT) et les structures équivalentes. Ensuite, l’article L. 2113-13 vise les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) et les structures équivalentes. Par ailleurs, l’article L. 2113-13-1 ouvre la réservation aux opérateurs qui font travailler des personnes détenues, dans les conditions du code pénitentiaire.
Dans les deux premiers cas, ces structures doivent employer une proportion minimale de travailleurs handicapés ou défavorisés. L’article R. 2113-7 fixe cette proportion à au moins 50 %. De plus, l’article L. 2113-14 permet de réserver un même marché ou lot à la fois aux structures du handicap et à celles de l’insertion. Ce cumul élargit le nombre de candidats potentiels.
Le cas particulier des services sociaux
Les articles L. 2113-15 et L. 2113-16 organisent une autre réservation, au profit de certaines entreprises de l’économie sociale et solidaire. Elle concerne seulement des services sociaux et autres services spécifiques listés par le code. En outre, sa durée ne peut dépasser trois ans, et l’attributaire ne peut pas obtenir le même marché pendant les trois années suivantes. Ce régime répond donc à une logique différente.
Comment préparer un marché réservé ?
La réservation ne dispense pas de mise en concurrence. L’acheteur organise une procédure normale, mais limitée aux opérateurs éligibles. C’est pourquoi la préparation compte autant que la décision de réserver. Par ailleurs, la réservation reste une faculté : aucun texte n’oblige l’acheteur à y recourir. Elle doit simplement porter sur des prestations que les structures visées savent réellement exécuter. En pratique, mieux vaut commencer par un lot modeste, mesurer les résultats, puis élargir progressivement le périmètre. Cette démarche progressive rassure les élus, les services techniques et les structures elles-mêmes.
Vérifier l’existence d’une offre locale
Avant de réserver, l’acheteur vérifie que plusieurs structures peuvent répondre. Un sourcing ciblé permet de connaître leurs capacités, leurs effectifs et leurs délais. Les annuaires publics de structures inclusives, comme le service numérique « Le marché de l’inclusion », facilitent cette recherche. Pour mener ce travail sans favoriser un opérateur, appuyez-vous sur notre méthode de sourcing territorial.
Choisir le bon périmètre
Ensuite, l’acheteur choisit les prestations adaptées : entretien d’espaces verts, nettoyage, blanchisserie, impression, petits travaux de second œuvre ou conditionnement. Souvent, il vaut mieux réserver un lot plutôt que tout le marché. L’allotissement permet ainsi de calibrer le volume sur la capacité réelle des structures.

Quelles mentions dans l’avis et les documents ?
Selon l’article R. 2113-7, l’acheteur mentionne la décision de réserver dans l’avis d’appel à la concurrence ou, à défaut, dans les documents de la consultation. Il précise aussi la ou les catégories d’opérateurs visées. Enfin, il demande aux candidats les justificatifs de leur statut, par exemple un agrément ou un conventionnement. Une mention claire évite les candidatures inéligibles et sécurise l’analyse. Le texte de ces articles figure dans le Code de la commande publique sur Légifrance.
Cas pratique : l’entretien des espaces verts d’une commune
Une commune de 12 000 habitants veut confier l’entretien de ses cimetières et de ses ronds-points. D’abord, elle mène un sourcing et identifie deux ESAT et une entreprise adaptée dans un rayon raisonnable. Ensuite, elle découpe sa consultation en deux lots : un lot réservé aux structures du handicap et de l’insertion pour les cimetières, et un lot ouvert pour les ronds-points, plus techniques. Puis elle mentionne la réservation dans l’avis et demande les justificatifs de statut. Enfin, elle analyse les offres sur le prix et la valeur technique, comme pour tout autre lot. Elle suit ensuite la qualité des prestations lors de réunions trimestrielles.

Côté acheteur : les points de vigilance
- Vérifier que plusieurs structures éligibles existent avant de réserver.
- Mentionner la réservation et les catégories visées dans l’avis.
- Contrôler le statut et la proportion de travailleurs concernés.
- Adapter les volumes et les délais aux capacités réelles.
- Garder les règles habituelles de publicité et d’analyse des offres.
Le marché réservé complète d’autres outils, comme les clauses sociales d’insertion ou les critères d’attribution liés à l’insertion. Il s’intègre aussi dans une démarche globale d’achats responsables, comme le montrent les bilans de schémas d’achats responsables publiés par certaines collectivités.
Côté structures : se rendre visibles
Les entreprises adaptées, ESAT et SIAE ont intérêt à surveiller les avis portant une mention de réservation. Par ailleurs, elles peuvent présenter leurs capacités aux acheteurs en amont, lors des rencontres de sourcing. Enfin, elles préparent à l’avance leurs justificatifs de statut, leurs références et leur capacité de production. Un dossier prêt leur permet de répondre vite, y compris en groupement.
Marché réservé : à retenir
- La réservation vise les EA, ESAT, SIAE, structures équivalentes et opérateurs pénitentiaires.
- EA, ESAT et SIAE emploient au moins 50 % de travailleurs concernés.
- L’avis ou les documents mentionnent la réservation.
- La mise en concurrence reste obligatoire entre opérateurs éligibles.
- Un sourcing préalable évite une consultation infructueuse.
Bulletin des Marchés Publics Le guide pratique des marchés publics pour acheteurs et entreprises